Tranches de Vie : Ma "désertion" en AFN

Le second événement marquant de ma vie ?

Le "Commandant" qui fût mon aimable "Patron" et complice lors de ma "désertion" en AFN !

Après mon épopée de trois mois à la Compagnie d'Instruction lors de mon arrivée en Afrique du Nord, et comme j'avais manqué la date d'inscription aux cours d'instruction pour devenir Elève Officier de Réserve (EOR), je m'étais successivement inscrit aux cours du "peloton" de sous-officier ainsi qu'aux cours de mécanicien polyvalent breveté de Rochefort. Ces derniers cours étaient très récents, car habituellement réservés aux militaires de carrière engagés et c'était la première expérience tentée par l'armée de l'air avec des appelés du contingent en longue durée. (Il faut se souvenir qu'à cette époque, les appelés partaient pour trente mois !)
J'avais, bien sûr, une très grosse envie, ainsi que les cinq copains retenus comme moi après les tests de sélection, de retourner en France suivre ces cours de Mécanique à Rochefort ! !
Hélas, le haut commandement de Paris en avait décidé autrement et avait eu la géniale idée de déplacer un instructeur de Rochefort vers "El-Aouina", la base militaire située près de Tunis ou nous devions à présent suivre cette instruction de mécanicien !


Bref, au bout d'un certain temps, je me retrouve avec mon Diplôme de Mécanicien Breveté de Rochefort en poche ainsi que toute récemment cousue sur la manche, la roue dentée soulignée de deux galons en V, signe distinctif doré du diplôme. de mécano !
Mais l'horizon ne s'éclaircit pas, toujours pas de voyage en France.
Entre temps, j'apprend que je suis reçu au concours d'accession au grade de sous-officier, mais qu'il faut patienter pour être nommé, il faut d'abord franchir les étapes comme Caporal, puis Caporal-chef avant d'être nommé Sergent.
Donc, toujours pas d'opportunité particulière pour revenir en France.


Puis je suis muté à Bizerte, la base Aérienne 156, ou est stationnée la 7eme escadrille de chasse et je suis affecté au Contrôle Local Aérien.
Neufs mois ont passé depuis mon départ de France et le temps me semble terriblement long, loin de ceux que j'aime. Le courrier, c'est bien, mais il n'empêche pas les crises de cafard, surtout qu'à ce moment nous étions en Tunisie comme "Forces Françaises de Maintien de l'ordre", que le F-L-N- se donnait en plein, que la Tunisie passait des armes aux Fellagas, et que les sorties officielles en ville devaient se faire les plus rares possibles.

Il ne me restait plus donc, que le recours à la permission ordinaire et légale.

Hélas, renseignements pris, je n'avais droit qu'à onze jours de "perm" en tout et pour tout, quelle que soit la durée du temps légal de présence sous les drapeaux (soit dix-huit mois) allongé du temps ADL (Au Dessus de la durée Légale, soit douze mois)
Encore un espoir qui s'envolait, car à dix-huit ans (de 1953 à 1954), j'avais fait plus d'un an de "Préparation militaire", en cours du soir et du Samedi, à l'usine Hispano-Suiza (à Courbevoie), dans son club Aérien de Pilotage.
Il était dit à cette époque que ce diplôme donnait droit à une ou deux semaines de permission supplémentaires. ; hélas, je ne pouvais deviner qu'entre temps il avait été décrété que ces jours ne seraient accordés qu'en France .. et en permission libérable !

Ma permission posée et étant membre actif du Contrôle Local Aérien, je sollicite donc l'autorisation de partir pour Paris en avion militaire, ce qui me fût accordé. Et ce petit détail allait être la cause d'une aventure extraordinaire et incroyable qui s'est produite à la fin de ma permission.


Je passerai rapidement sur les détails de celle-ci, sauf un point qui a son importance dans la fin de mon aventure et qu'il est bon de signaler.
En effet, une permission doit être très bien préparée avant le départ et ne tolère aucun changement, même de lieu de séjour une fois sur place en France, et ceci, je n'y avait pas pensé !.
Or, avec ma Fiancée, nous avions une grande envie d'aller nous reposer quelques jours chez ma grand-mère qui habitait l'Oise- Etant peu argenté, j'ai voulu prendre un billet de train à tarif " militaire" et ai présenté ma permission. Hélas, le guichetier m'a refusé le billet, la destination de l'Oise n'était pas inscrite sur mon document qui n'était donc pas paraphé par le CoIonel dirigeant ma Base Aérienne de départ
Qu'a cela ne tienne, je me suis mis à l'écart, ai rempli la cas vierge, ai imité la signature et me suis présenté à un autre guichet. Ca a marché.



Mais arrivé sur place, j'ai quand-même tenté d'imaginer quelles pouvaient être les conséquences fâcheuses de ce faux, aussi me suis-je rendu à la Mairie du petit village de ma grand-mère et M, le Maire a tout arrangé en disposant sur mon "faux" quelques tampons et en écrivant par dessus qu'il certifiait ma présence en ce lieu.

Permission terminée, la base Aérienne du Bourget ayant refusé d'assurer mon retour en avion militaire, j'ai donc repris le train en direction de Marseille, destination la base de transit pour trouver un bateau vers la Tunisie.
Il y avait trois jours d'attente avant le départ et dès le lendemain matin le cafard me reprenait. La base n'étant pas sure, je gardais à la main mon sac à vêtements et cherchais inconsciemment à m'échapper de là.
C'est ainsi que je rencontrais trois copains de CI, des Parisiens, qui cherchaient un peu comme moi à sortir du camp. Mais celui-ci était bien gardé et comme on nous avait confisqué notre titre de permission à l'enregistrement pour le prochain bateau, le Chef de garde ne nous laissait pas franchir la porte.
Après trois ou quatre essais infructueux, voici qu'au loin apparaît un autocar CHAUSSON (J'étais sous contrat de travail avec la Société qui les avait fabriqués !) C'est pourquoi je le regardais avec un brin de nostalgie, lorsque l'Adjudant Chef qui le pilotait, se méprenant sur nos intentions réelles, nous propose de nous "descendre" en douce vers la ville ! Ni une, ni deux, les quatre lascars se faufilent et passent le poste de garde à plat ventre dans l'allée centrale.
Une fois en ville, nous nous séparons afin de ne pas nous faire repérer mais n'ayant que très peu d'argent en poche et avec beaucoup d'optimisme, je décide de faire du stop, direction Paris !

J'étais vêtu de ma tenue militaire bleue de l'armée de l'air et si des véhicules s'arrêtaient , ils n'allaient pas loin. La matinée touchait à sa fin, et j'avançait sur le coté droit de la route (le mauvais !) lorsqu'une grande voiture s'arrête à ma hauteur, et le conducteur me demande ma destination. Paris n'était pas sur sa route car il se rendait avec sa famille à Genève en passant par Grenoble. Il décide de me prendre quand-même à bord pour un bout de chemin et arrime mon sac à coté de leurs bagages sur la galerie, puis il m'invite à monter à l'arrière, entre sa jeune fille et son fils aîné qui se serrent amicalement afin de me laisser de la place.

Et nous voilà partis vers Valence, ou il compte me déposer. En cours de route, son épouse, pour amorcer la conversation me dit "Oh, vous savez, lorsqu'il est en civil, il n'est pas méchant !" en me parlant de son mari.
Panique à bord, petite sueur froide, je me sens extrêmement gêné : en civil ?? mais alors ?. Et lui, finalement qui éclate de rire et m'explique qu'il est Colonel de Gendarmerie, qu'il est très content d'aider un jeune militaire qui vient d'AFN et qui se rend en permission à Paris.
Par la suite j'ai appris à mieux le connaître, il savait que j'étais en fausse permission (les trains sont gratuits pour les 'vrais" permissionnaires ! ) c'est donc bien après que j'ai pris conscience totalement de la bonté et de la générosité de c½ur de ce haut gradé.

En passant à Montélimar, arrêt déjeuner. Je restais volontairement dans la voiture, vu mes finances réduites, mais ils ont insisté pour que je partage leur repas et m'ont envoyé leur plus charmante ambassadrice, leur fille de dix-huit ans et qui était très gracieuse. Comment n'aurais-je pas été convaincu ??. Avant de reprendre la route, ils ont acheté du nougat et m'en ont offert, en souvenir.
Avant d'arriver à Valence, la jeune fille à proposé à son père de passer par Lyon, prétextant que ce ne serait pas un grand détour, et puis que ça me rapprocherai de Paris. Très chic il a accepté et à la nuit tombante, nous arrivions à proximité de cette ville.

A un moment, nous étions engagés tous les deux dans une conversation très animée et le Commandant n'a pas fait attention à ses phares qu'il n'avait pas mis en code. Un kilomètre plus loin, barrage de Gendarmerie, l'un de ceux-ci fait ranger le véhicule sur le bas coté et s'adresse au conducteur d'un ton assez sec "Vos papiers, s'il vous plaît, z'avez pas vu que vous êtes en infraction avec vos phares ?" Son interlocuteur ne dit mot et tend ses papiers.
Et alors, je vous assure que je garderai toute ma vie en mémoire l'expression du visage de ce gendarme après lecture des documents ! Il aurait pu se cacher derrière son stylo qu'il l'aurait sans doute fait, il ne cessait de présenter ses plus grandes excuses et ne savait plus comment se sortir de ce guêpier. Alors, magnanime, le Commandant lui dit "Ce n'est rien, mon brave, vous exercez consciencieusement votre métier, et c'est par distraction que j'ai laissé mes phares allumés ! "
Quel soulagement pour le pauvre gendarme et je suis persuadé qu'il a eu, ce soir là, la peur de sa vie !

L'heure de la séparation était arrivée et ce n'est pas sans un serrement de c½ur que j'ai fait mes adieux à cette charmante famille qui restera pour moi, à vie, un modèle du genre.
Après avoir échangé nos adresses, ils m'ont gentiment déposés à la sortie de la ville, dans la direction de Paris et ils ont repris la route de Genève, leur destination primitive.

Suivant le conseil du Commandant, je me suis dirigé vers un petit restaurant, un "routier", afin de trouver un chauffeur qui se rendrait en direction de Paris dans la nuit. L'un d'entre eux a accepté et nous avons pris la route son repas terminé. (moi, j'ai apprécié le nougat du Commandant! ) Mon rôle, en échange du "stop" était de lui parler pour l'empêcher de dormir. Alors je lui ai raconté ma vie de militaire depuis mon départ de France . A un moment, le moteur a eu des ratés et s'est arrêté. C'était bien ma veine, cette panne en pleine nuit ! mais le chauffeur n'a pas perdu le nord "Eh, jeune homme, puisque tu as ton brevet de mécanicien, tu vas pouvoir nous dépanner" C'est tout bête mais je n'y avais pas pensé. Diagnostic vite fait, j'avais étudié et travaillé en vraie grandeur sur des diesels, aussi ai-je eu vite fait de démonter un des injecteurs qui était bouché, de purger la tuyauterie de carburant et nous voici repartis.
Arrivés à Fontainebleau, nos chemins divergeaient et nous nous sommes quittés alors que le jour se levait à peine.
Mon routier à cependant eu la gentillesse, avant de me laisser, de me confier à un autre chauffeur qui se rendait à la porte de Vincenne. Celui-ci conduisait une benne, il transportait du plâtre en sacs et il à balancé sans manières mon sac à l'arrière de la benne avant de m'inviter à partager sa cabine jusqu'à destination !
Bien fatigué par ce voyage, j'ai dormi un certain temps et j'avais encore les yeux tout bouffis de sommeil lorsqu'il m'a déposé, avec mon sac, à la porte de Vincenne.
J'ai pris mon sac à bras le corps et, à pieds suis parti à la recherche d'une station de métro, sans me rendre compte que mon sac était plein de plâtre et que j'en mettais partout sur ma tenue bleue marine !
J'ai fini par arriver chez les parents de ma fiancée, à leur grand étonnement d'ailleurs, car ils me croyaient déjà sur le bateau en direction de la Tunisie.

Au bout de quatre jours, l'inquiétude a commencée à me tenailler. J'étais sans permission, pas de vêtements civils pour être moins repérable et en sacré infraction vis à vis de l'armée. Après m'être renseigné, mon inquiétude a grandie un peu plus car j'ai appris ainsi qu'une absence sans motif supérieure à quatre jours était considérée, pour les militaires en AFN, comme une désertion, celle-ci pouvant, par un tribunal militaire d'exception, être punie de la peine de mort.
Dans quel guêpier m'étais-je fourré ? Aussi ai-je pris très vite la décision de repartir pour Marseille, et grâce à la générosité de la famille, j'ai pu prendre, mais tout juste, un billet de train.

Avant le départ, j'avais remarqué sur le quai de la gare un militaire de la Légion qui serrait tendrement une jeune femme sur sa poitrine. Cela m'avait marqué, sans plus, car les Légionnaires étaient plutôt réputés pour avoir mauvais caractère et être sans c½ur. Le hasard a fait que j'ai rencontré ce légionnaire dans le couloir du train, après le départ, et qu'exceptionnellement, il avait envie de parler. Je l'ai écouté, je lui ai certainement paru sympathique et il ne m'a plus quitté du voyage, allant même jusqu'à m'offrir le wagon restaurant à midi : "Que faire de cet argent, dans le désert on ne dépense rien, alors régales toi, et tais toi" me disait-il; "j'en ai laissé plein à ma s½ur que je n'avais pas revue depuis dix ans....et il m'en reste encore, alors n'aie pas de remords, c'est de bon c½ur".

Avant de l'avoir rencontré, je n'aurai jamais cru qu'un Légionnaire puisse aussi avoir un c½ur. Le monde est beau, quand-même, lorsqu'on le découvre sous ce jour ?
A la fin du voyage, sa présence s'est révélée précieuse car, sachant ma situation inconfortable, il m'a vivement conseillé d'éviter de me faire coincer à la gare Saint Charles, par la police Militaire, celle-ci contrôlant tous les militaires et arrêtant sur le champ ceux qui n'étaient pas en situation régulière !
S'il n'avait pas été là, je crois que par lassitude, je me serai laissé arrêter. Mais il ne l'entendait pas de cette oreille et a monté dans sa tête un plan qu'il m'a demandé d'appliquer au moment de franchir le barrage de police militaire.
"Je vais rouler des mécaniques et les regarder dans les yeux.. ils n'aiment pas cela, alors je les attire vers la droite en pressant le pas et, pendant qu'ils me demandent mes papiers, tu files à gauche vers la sortie. "
Ce qui fût dit, fût fait et tout a été si vite que je me suis retrouvé d'un coup seul dans les rues de Marseille.
Je n'avais même pas eu le temps de le remercier comme j'aurai désiré le faire, mais qui sait ,... peut-être qu'il n'aurait pas aimé ? Je ne le saurai certainement jamais, mais je suis certain de quelque chose : c'est la seconde personne de mon épopée qui m'a épaulé autant et du fond du c½ur.
Peut-être qu'un jour mon ami le Légionnaire lira ces lignes ? Alors qu'il sache que je n'oublie pas !

Toujours en stop, j'ai réussi à regagner les abords de la base de transit et ai pu constater à ce moment qu'il était aussi difficile d'en sortir...que d'y rentrer!
Contrôle sévère d'identité et des permissions au poste de garde, ce n'est pas le moment de me faire coincer.
J'attendais donc près du poste que se produise je ne sais quel miracle, et c'est à ce moment qu'un "collègue" malheureux s'est fait épingler et le gradé du contrôle a quitté un court instant son poste afin de le faire entrer dans le poste.. D'un bond, je suis à l'intérieur, la sentinelle me fait un gros clin d'½il et je cours me mettre à l'abris.

Vu la foule des militaires en transit sur cette base, il me fallait juste éviter les patrouilles qui sillonnaient les rues pour contrôler les identités, je me débrouillais pour me restaurer , dormir, me laver et le lendemain, grâce à la complicité d'un copain, j'embarquais sur le "Charles-Plumier", bateau civil à destination de Bizerte.

Je pensais que, pour la troisième fois présent dans cette base de transit, la fin de mess tribulations approchait, mais c'était sans compter avec le destin.
Rappelez-vous, je suis parti en permission en avion, depuis la base militaire de Bizerte ? Oui, et bien, je me suis, vu refuser le débarquement du bateau par les militaires Tunisiens : Il n'avaient aucune trace de ma sortie de Tunisie, je ne pouvais donc pas entrer. Leur logique a fait que je suis resté à bord et à Tunis, l'escale suivante, le même scénario s'est renouvelé. Après changement de cargaison, le bateau est reparti vers Bizerte , ou la même interdiction m'a été faite mais par d'autres militaires Tunisiens, alors sans pouvoir quitter le bord, je suis reparti vers Marseille.

Pour un militaire de l'armée de l'air, je commençais à avoir plus d'heures de bateau que d'heures de vol mais j'ignorais à ce moment que mes déboires n'étaient pas terminés, loin de là ! Dans les cales nous étions (avant la tempête) étendus sur des chaises longues. Cela semble étrange sur un bateau, mais c'étaient les seuls sièges à l'époque qui pouvaient se replier pour tenir moins de place.
A un moment, le bateau a commencé à rouler et tanguer fortement et, des gens, malades, ont fait dans la cale... ce que bien d'autres font habituellement par dessus le bastingage. Je vous laisse deviner l'odeur qui s'est très vite répandue dans cet endroit, et de plus, un malencontreux hublot n'étant pas verrouillé, la première fois que le
bateau s'est couché sous la vague, la rangée de hublots s'est retrouvée sous le niveau de l'eau... et c'est un geyser de trente centimètres de diamètre qui a jailli avec une violence inouïe. L'apparence de ce lieu est devenu franchement désolante, et insoutenable : les malades continuaient à être malades, l'eau qui avait pénétré, fluait et refluait de bâbord à tribord, en entraînant avec elle, comme une mini marée dévastatrice tout ce qui traînait : chaussures, vomi, livres etc. Le spectacle était si navrant que je me suis précipité comme j'ai pu vers le pont, à la recherche d'un peu d'air frais.
Là j'ai été servi .
En effet, lors du parcours de retour, une tempête énorme s'était déclarée et, de parole de marin, les vagues en Méditerranée atteignaient rarement une telle hauteur : Dix mètres de creux, mesuré par ces même marins par rapport à la hauteur de l'étrave : le haut plongeait sous le niveau de l'eau dans le creux des vagues et le bas de celle-ci sortait de l'eau sur les crêtes. Un déchaînement de furie difficilement racontable, il faut l'avoir vécu.

Je ne suis resté que très peu sur le pont, car j'étais à l'avant, caché derrière de gros conteneurs, lorsqu'une vague plus forte que les autres est passé par dessus...., je me suis fait tremper des pieds à la tête.

Débarquement à Marseille et à peine arrivé je cours prendre une douche. Ma tenue bleue est dans un état lamentable, le plâtre du camion benne plus l'eau salée qui sèche en laissant son sel à la surface...et je n'ai pas de tenue de rechange. Tant pis, et comme l'a dit quelqu'un de célèbre, à la guerre comme à la guerre ! Il faut faire avec !
Je retrouve mon copain qui commence à en avoir assez de me voir et qui me retient quand même une ultime place en douce...et sur un bateau militaire, l' "Athos II". Destination, Alger. Puisqu'ils ne veulent pas de moi par la porte, je rentrerai par la fenêtre !
Voyage sans histoire sur un bateau très âgé, les cloisons intérieures rongées par la rouille ont moins d'épaisseur que les couches de peinture qui les recouvrent, ces cloisons tombent en écailles au sol par la rouille. Rassurant, n'est ce pas ? Pour agrémenter la traversée, nous avons eu droit en prime à un exercice d' "évacuation d'urgence du bateau".
D'après mes calculs, j'étais sous l'eau depuis quarante cinq minutes lorsque j'ai réussi à poser le pied près d'un canot de sauvetage. sur le pont !
De plus, un marin nous a confié dans le plus grand secret que des moteurs tout neufs avaient équipé le bateau récemment mais que le commandant ne les poussait pas trop, la coque n'aurait pas tenu .

Débarquement à Alger. Je retrouve ici (le hasard est parfois bien étrange !) mes trois compères d'escapade de la base de transit. Je leur raconte mon odyssée, mes cent quinze heures en mer dont huit de tempête ! pour un aviateur... c'est un comble.


Nous tentons alors une sortie en ville et nous nous sentons un peu nus car nous sommes les seuls militaires en ville à ne pas avoir d'armes. Un de nous propose d'aller boire quelque chose et nous franchissons pour la première fois les grilles en chicanes qui évitent les jets de grenades dans les cafés et locaux publics. Sympa, le coin.
A un moment, une fusillade éclate pas très loin d'ici d'après nos estimations. Les rues s'animent, des camions militaires circulent à toute allure, il n'y a plus un piéton en vue.

Après réflexion, nous décidons de regagner la base et là nous sommes accueillis assez fraîchement par le gradé de service au poste. "Vous n'êtes pas fous de vous balader en ville sans armes et alors qu'il y a un couvre feu depuis un quart d'heure" On ne savait pas quelle contenance prendre mais cette bavure a servi nos souhaits, puisque une semaine après un camion nous ramenait par étapes en Tunisie.

Lorsque j'ai franchi les portes de ma base à Bizerte, j'ai pris réellement conscience que, j'étais absent de celle-ci depuis environ deux mois, aussi je m'attendais au pire....... et n'étais pas très fier en me présentant "au rapport" à mon Capitaine, Commandant le Contrôle Local d'Aérodrome.
Et là j'ai découvert pour la troisième fois une personne de c½ur, en la personne de mon Capitaine, une personne qui a su m'apporter aide et réconfort alors que j'étais dans une situation très critique.
J'ai su par la suite qu'il n'avait pas signalé mon absence, profitant du fait que nous vivions un peu isolés du reste de la base et étions autonomes, plus proches que d'autres des règles qui régissent le personnel naviguant.

Je ne sais pas quelle source de renseignements il possédait, mais il était au courant dans les grandes lignes de mon aventure et a fait ce qu'il fallait pour qu'on ne retrouve jamais ma permission. Lui seul l'a vue pour la dernière fois, elle avait beaucoup circulé, m'a t'il dit un jour, et il y avait tellement de signatures et de tampons dessus...qu'elle était illisible.
De vous à moi, je le soupçonne d'en avoir rajouté....des tampons !!.

La morale de cette aventure, c'est qu'il ne faut pas toujours se fier aux apparences ou aux jugements tout faits concernant les personnes que nous sommes amenés à rencontrer. Il y a l'apparence, l'uniforme, le grade, le rôle à jouer dans la fonction etc. .. mais il y a aussi l'homme et son c½ur qui se cachent bien derrière toutes ces façades.
C'est bien dans l'ennui que l'on découvre ses vrais amis.

Michel DECOMBLE


Tranches de Vie : Ma "désertion" en AFN

# Postato venerdì 01 gennaio 2010 12:53

Modificato venerdì 01 gennaio 2010 13:55

Tranches de vie : Mes 20 ans et ma période d'instruction militaire

TRANCHES DE VIE

Voici le premier des événement marquant de ma vie :

Mes 20 ans et ma période d'Instruction Militaire : le CI !

Vous allez faire connaissance avec les sous-officiers "Instructeurs" de la Compagnie d'Instruction, ceux qui m'ont forgé, en Afrique du Nord, une âme bien trempée, de Novembre à Février 1956


La tête tristement appuyée à la vitre froide je regarde défiler le paysage sans le voir. Je suis triste à en pleurer. J'ai vingt ans aujourd'hui, neuf Novembre mil neuf cent cinquante six et je suis dans le train qui part vers Marseille, via l'Afrique du Nord.
La guerre d'Algérie a commencé depuis déjà un certain temps, des rappelés sont partis et la situation ne s'arrange pas, puisque maintenant ce sont des appelés qui sont envoyés là bas et le service militaire est actuellement de trente mois.
J'ai encore un morceau de mon gâteau d'anniversaire dans mon sac, mais je n'ai pas faim, j'ai l'estomac noué. Je suis d'autant plus triste que, me croyant très fort et pour éviter des effusions douloureuses sur le quai de la gare, je n'avais pas prévenu mon père de la date exacte de mon départ. Seule ma Fiancée était venue m'accompagner.
Le pire est arrivé alors que le train a commencé à s'ébranler et, que par la fenêtre de mon compartiment j'ai aperçu au loin, tout au bout du quai, mon père qui courait, qui courait.....Il était venu pour me voir une dernière fois mais, ayant appris tardivemment l'heure et le lieu de mon départ par les parents de ma fiancée, il est arrivé juste pour voir le train s'éloigner. Le train a pris de la vitesse et c'est le c½ur serré d'une indicible tristesse que j'ai vu sa silhouette désespérée diminuer, un bras encore levé au bout de ce lugubre quai de gare.

Quel poète a dit que c'était triste, un quai de gare en novembre ?? Je ne sais plus et je refoule mes larmes à grand peine.

En plus de la tristesse, les remords m'assaillaient et ce n'était pas fait pour me remonter le moral.
(NDLR : Cette pénible situation à été provoquée par la mésentente de mes parents qui durait depuis de nombreuses années. Dès mon plus jeune age, j'étais tiraillé entr'eux deux et ai beaucoup souffert de cette situation. Ma mère avait même réussi à me dresser contre monn Père lorsque j'avais 18 ans, chose horrible qu'aujourd'hui encore je ne puis lui pardonner.
Par la suite j'ai appris que mon Père avait supporté beaucoup d'humiliations et avait eu beaucoup de peines mais qu'il avait "tenu le coup" jusqu'à ce que j'atteigne mes 18 ans et que j'ai démarré dans la vie active par un premier travail en usine. Ensuite, il a entamé une procédure de divorce.)

Après, tout a été très vite dans ma tête.... Marseille, l'arrivée à la Base Aérienne de transit, l'embarquement dans un bimoteur Nord 2501, six heures quinze de vol dans un avion non pressurisé ni chauffé. De plus, afin d'éviter un orage le pilote s'est vu obligé de monter en altitude et la condensation se transformait en glace sur les hublots, à l'intérieur de l'avion.
Nous finissons par atterrir en Tunisie, à Bizerte, du côté de la base aérienne et aéronavale militaire précisément..(les pistes sont partagées avec l'aviation civile Tunisienne mais le Controle Local Aérien est effectué par des militaires Français)
Les trois mois obligatoires de CI (Compagnie d'Instruction) ont été extrêmement difficiles pour nous, jeunes Parisiens. En effet, sur la soixantaine d'appelés du contingent qui constituait cette compagnie, il y avait cinquante-neuf parisiens et un paysan qui était là par erreur. (Une erreur d'écriture d'un "petit besogneux" bien planqué, dira-t'il par la suite, car il en a "bavé" bien plus que nous !)
Cette "sélection"de Parisiens ainsi que le choix du site avait été réalisé volontairement par les autorités militaires car nous l'avons appris par la suite.... mais à nos dépends ! En effet, les Parisiens avaient la particularité d'être des "têtes de bois", dixit la hiérarchie militaire qui nous encadrait !!

Comment vous décrire le site ?? C'était situé à proximité immédiate d'un fort, perdu en plein djebel, sur un mont qui se dressait là, presque en bordure de mer. Le site en question portait le doux nom de "Djebel Kébir" et n'était, comme l'est un iceberg, que la partie apparente d'un ensemble souterrain extrèmement complexe et secret. La France voulait à tout prix maintenir sa présence militaire dans ce fort car il disposait d'une situation priviligiée et stratégique au bord de la Méditerrannée.

Après ma libération des "obligations militaires", j'ai appris que des combats assez meurtriers avaient eu lieu entre l'armée Tunisienne et les militaire Français pour l'occupation de cette base secrète. Si mes souvenirs sont exacts, une piste de décollage existait dans les entrailles de ce mont !

Il n'empêche que cette seule partie extérieure et "apparente" à été pour nous le lieu ou nous avons vécu une tranche de vie très très difficile !!.
En effet, c'était en partie un fort dit "disciplinaire", ou étaient envoyés "en punition" certains sous-officiers qui avaient.....manqué à quelques devoirs inconnus de nous.
Mais cela se disait très, très discrètement !!
Sans trop entrer dans les détails, je me dois cependant de confirmer que nous entrions sans le savoir dans une phase de trois mois d'enfer, car cette compagnie d'instruction était volontairement conditionnée pour réussir à tout prix sa mission principale : briser les "fortes têtes" d'une part (ce qu'étaient censés être les "parisiens") et endurcir les calmes et timides d'autre part.

Notre "camp" était composé de 8 tentes de grosse toile de dix places environ, qui étaient plantées chacune sur un plan taillé à flanc de colline.
Nos seuls visiteurs étaient de pauvres berger qui venaient quémander du pain rassis et du vin (eh oui !). En échange, ils nous fournissaient des mandarines volées dans les vergers de la plaine.
Les WC étaient constitués d'un simple trou de un mètre de diamètre et de quelques mètres de profondeur au-dessus duquel était posé une cabane en bois très étroite. Celle-ci était calée, d'un côté, avec de grosses pièrres à cause de la pente très forte. Lorsque le trou était plein, des volontaires étaient désignés pour creuser un autre trou et reboucher le précédent en surface. L'astuce pour satisfaire ses besoins sans tomber à cause de l'équilibre instable de la construction, était d'accrocher notre ceinturon à l'angle supérieur gauche de la porte et de s'y cramponner ferme. "A la guerre comme à la guerre" disait-on entre-nous !

Nous pensions tous, souvenirs scolaires obligent, que l'Afrique du nord, c'était le soleil et la chaleur, le sable et les oasis pleines de palmiers, les scorpions et les serpents, les nomades et les chameaux.....ici, nous avons bien vite déchanté !!
C'était en novembre et il pleuvait souvent, ce qui transformait notre camp en pataugeoire boueuse à souhaits. La nuit il faisait très froid...et dans la journée le soleil brûlait les épidermes.
Les nomades, ces fiers guerriers de nos livres d'enfants, s'étaient transformés en paysans très pauvres (voir photo ci-dessus), illettrés, faméliques et qui suivaient d'un pas traînant leurs maigres troupeaux de moutons et brebis dans le djebel à l'herbe rare.
Les seuls détails qui se sont révélés exacts, ont été les chameaux les scorpions et les serpents ! J'en ai capturé un, c'était un "jaune", des moins dangereux car leur piqure n'amenait qu'une très forte fièvre. Les noirs, par contre, pouvaient entrainer la mort et c'est pourquoi le port des guètres et des "gros godillots" était obligatoire.

Comme le "sol" de nos tentes avait été taillés à flanc de colline, celui-ci avait la fâcheuse tendance à rester meuble, humide et gadouilleux. Aussi nous devions chaque jour trouver quatre pierres (pas une de plus, ainsi étaient les ordres !) pour compenser l'enfoncement dans le sol des pieds de nos lits. Ceux ci, en effet, étaient faits de croisillons de bois pour les pieds, de deux montants latéraux et d'une toile tendue sur cette armature.
Le lendemain, les pieds des lits s'étaient enfoncés de quelques centimètres et nous repartions à la recherche des quatre cailloux indispensables quotidiennement !!

Le reste de la journée se passait en corvées diverses, et surtout en entraînement fastidieux à la marche au pas, sur une portion de route encaissée.
Nous étions "équipés" du harnachement et de la tenue bleue de "seconde catégorie" avec laquelle nous devions "crapahuter" !! Le harnachement consistait en un casque lourd plus son casque léger, un pistolet mitrailleur (la MAT 49, de la Manufacture d'Armes de Toul !), une gourde pleine d'eau (ça pèse plus lourd !),des guètres et des gros godillots de marche.

Cet entrainement durait des heures (en plus de la corvée de pierres !) mais notre Sergent Instructeur étant confortablement installé à l'ombre, sur une butte et nous dirigeait en permanence à "coups de gueule".
C'est ainsi que j'ai appris que l'unité de mesure unique pour un "serpatte" en AFN, c'était le coup de gueule. Copie conforme des camps d'entraînement intensif Américains !!!

Nous avons aussi eu droit au rappel de la fameuse piqure de "TABDT" dont j'ai oublié depuis le détail mais qui était un concentré de sérums devant nous protéger d'au moins cinq maladies (dont le Tétanos, première lettre du sigle dont je me souvienne encore !).
La première injection s'est passée de manière très folklorique...imaginez une cinquantaine de militaires fort désabillés plantés en rang d'oignons dans une immense salle. Un militaire infirmier passe derrière tous ces dos nus et plante une aiguille au niveau de chacune des omoplate offertes bien qu'un peu crispées. Enfin, le Médecin Major prend le même chemin, avec dans les mains une énorme seringue.
A cette vue seule, déja quatre où cinq des patients s'écroulent, pris de malaise. Imperturbable, le Médecin ajuste sa seringue sur chacun des enbouts des aiguilles et injecte une dose de son mélange. Là encore une seconde série s'étend sur le carrelage. Ils ont été "finis" quand-même, mais après tout le monde !
Je précise qu'à cette époque les aiguilles jetables n'étaient pas encore inventées et que les médecins militaires ne changeaient leurs aiguilles qu'après rupture par fatigue....c'est vous dire que l'affutage d'origine de la pointe biseautée remontait aux calendes grecques et que cette pointe était en général plutôt ébréchée.

Lors de ce rappel, qui s'est quand-même passé de manière un peu plus humaine vu notre faible nombre, il nous a bien été signalé que l'absorbtion d'alcool était formellement interdit, même à faible dose comme pouvait l'être la bière et que cette injection pouvait causer une très forte fièvre nécessitant un alitement temporaire, surtout du fait de la paralysie partielle qui allait s'emparer de notre épaule.Il nous à aussi été conseillé de bouger pour éviter l'ankylose du dos. Avec quelques copains, j'ai donc décidé de bouger pour combattre les effets de cette paralysie et nous nous sommes portés volontaires pour effectuer la corvée de service de repas, de grosses gamelles à trimballer et le service individuel dans les tentes.
Et les évènements nous ont donné raison car le soir, si nous tenions à peine debout par la fatigue, par contre le mal à l'épaule était bien atténué et nous étions d'attaque dès le lendemain. Ce n'était pas le cas de nos copains qui s'étaient couchés.
Nous n'avons déploré qu'un seul accident : un de nos copains, plus forte tête que les autres, était parti au fort boire quelques bières. Transporté dans un état comateux en ambulance vers la base de Bizerte, nous ne l'avons jamais revu.
Après ces occupations particulières et comme il devait nous rester un peu de temps, on nous l'occupait par des séances d'apprentissage de l'entretien de notre paquetage. En effet, il n'existait rien au monde, aux yeux de nos instructeurs, de plus important et de plus sacré que le paquetage !. C'était une fixation chez eux, une hallucination permanente pour nous.
Dans l'armée de l'air, lors d'un déplacement, toutes les affaires qui nous sont attribuées au départ sont disposées avec une précision toute militaire dans un sac tubulaire de trente centimètres de diamètre et de un mètre vingt de long appelé "sac à paquetage" ou sac de marin. Ça pèse un poids fou, ce truc là et pas aisé à porter, il n'y a pas de poignée !!!

D'après le règlement de nos Sergents Instructeurs, il fallait que le contenu de ce paquetage, dans les tentes, soit disposé "au carré" parfait, sinon, punition. D'ailleurs, spécialement pour ce fort, les instructeurs avaient inventé le paquetage au "cube", avec la gamelle ronde, en aluminium et reluisante (astiquée à la boue !) placée devant, verticalement. De plus, la fourchette et la cuiller devaient être placés en croix à 90 degrés. Allez donc mettre tout ce que contient cet énorme sac à paquetage tubulaire, dans un cube parfait au millimètre près. !!
Il est vrai que ce millimètre là était absolument indispensable à nos "instructeurs" lorsqu'il fallait des volontaires "désignés d'office" pour les punitions et les corvées !

Le matin, réveil chronométré au clairon. C'est "l'appel". Nous disposions de cinq minutes pour :
* Se lever s'habiller, faire le lit en pliant la couverture et les draps "au carré" au pied de celui-ci,
* Vérifier que les trois paires de "pompes" étaient bien cirées, alignées (posées sur la boue !) au pied du lit,
* Vérifier le "cube" du paquetage, sortir, se mettre en rang au "garde à vous".
Et la sentence tombait...dix secondes de trop, on recommence. "Rompez" les rangs.... il fallait tout, je dis bien tout recommencer : se déshabiller, se recoucher...c'était contrôlé impitoyablement.....
Et le clairon qui sonnait de nouveau ! On recommence quatre fois, cinq fois, parfois on a envie de hurler, de crier.., il faut serrer les dents et recommencer. Celui qui craque ??..crac....punition : une, deux....dix "tenue de campagne".
Juste pour information, sachez que j'ai "gagné" 10 tenues de campagne à cause d'un camarade qui avait involontairement maculé de boue une de mes chaussures, celles déposées au pied de mon lit, tant il était sorti précipitemment de la tente !
Cela aussi était une invention diabolique de nos instructeurs. Le soir, après la soupe et alors que les copains chanceux (les non punis !) vaquaient enfin à leurs affaires personnelles (courrier aux familles, couture, lecture etc..) nous, les "punis" devions à la nuit tombante casser notre beau paquetage au cube et le mettre dans un ordre précis (c'est écrit dans le règlement !) dans le sac à paquetage.

Nous devions revêtir la tenue de campagne adéquate et l'épais et lourd manteau d'hiver; La gourde de un litre et demi (remplie d'eau : ça fait plus lourd ! ) devait être en bandoulière à gauche , idem à droite pour le sac contenant la fameuse gamelle qui devait, pour l'occasion, être remplie de terre et de cailloux. En l'occurence, elle était en général emplie de boue ! Nous devions aussi porter à la main le fusil, un MAS 36 qui faisait bien
ses huit Kg, (c'est la Manufacture d'Armes de Saint Etienne qui a fabriqué cet engin la même année que celle de ma naissance , c'est malin !). Le paquetage sur l'épaule droite, et l'on pars au pas cadencé sur la fameuse "route de la marche au pas".
L'instructeur se cale à son endroit habituel sur la butte, une puissante torche à la main et le cirque commence.
Les paquetages sont posés au sol, et on "crapahute" sans fin. "En avant...arche, demi tour à gauche ....auche, présentez....arme,...reposez...arme etc.. . et cela dure un temps fou, on ne sait plus, il fait noir, on est comme hébétés.
A la fin, l'instructeur nous fait mettre "en rang dans le désordre", c'est à dire à une place différente dans les rangs par rapport à notre arrivée, et on repars au pas chercher les paquetages (tout est calculé : dans la nuit, on est quasi certain de ne pas retrouver "son" paquetage). "Rompez les rangs, dix minutes pour regagner le camp, et en rangs à l'arrivée !".
Paquetage sur l'épaule, (il doit peser dans les trente Kg ce truc ! ) il faut partir droit devant soi avec interdiction d'utiliser la route, il faut couper à travers le djebel dans la nuit noire. Pour tenir les dix minutes, il ne faut pas traîner en chemin, tout échec est sanctionné par de nouveaux jours de "tenue de campagne". La galère, en quelque somme.
A ce moment, la vraie difficulté commence à cause de la boue dans laquelle on patauge en escaladant les buttes. Les copains? il n'y en a plus, c'est chacun pour soi, à qui bousculera l'autre pour passer le premier. Tant pis pour les plus faibles... il faut que ca passe dans le temps imparti ou que ça craque ! Et à l'arrivée, on doit reformer les rangs.
L'instructeur veille, tout comme un chien de prairie qui tourne autour d'une proie, il détecte immédiatement les trainards qui sont impitoyablement mis à l'écart.
Et si, par bonheur, on a la chance d'être dans les temps, on peut enfin rompre les rangs... mais commence alors une nouvelle galère : comment récupérer "son" propre paquetage ??? (enfin, lorsque j'écris "propre", c'est un délicat euphémisme vu la gadoue générale !)
Je vous laisse deviner la quête fébrile, dans la faible lumière qui sourd de l'intérieur des tentes....De plus, comme nous avons l'interdiction absolue de déposer un quelconque repère où marque distinctive sur les paquetages, il faut ouvrir....et tenter de reconnaître le sien. C'est l'occasion de nouvelle pagaille et de nouveaux soucis.
Vient ensuite la pénible corvée du nettoyage des vêtements, des chaussures, du paquetage lui-même, du fusil, de la gourde.... bref, de tout ce qui, plus ou moins, est couvert où empli de boue.
Le problème est que dans notre camp, il n'y a pas l'eau courante. Celle-ci est amenée par une citerne tractée par une Jeep et pompée à la main (les punis de corvées s'en souviennent encore ! ) dans un réservoir stationnaire cubique de deux ou trois cent litres d'eau.
Au bas de ce réservoir est fixé un tuyau métallique horizontal qui est équipé d'une vingtaine de robinets. C'est l'eau destinée à la boisson et à la toilette du matin.
Mais hélas, c'est le seul moyen à notre disposition, ces nuits là, pour nous débarrasser de cette boue collante. La aussi, certains craquent et afin d'aller plus vite montent tout habillés dans la cuve lorsqu'elle est presque vide et que l'eau coule chichement aux robinets. Le lendemain matin, l'eau de débarbouillage est jaunâtre, les robinets se bouchent.... et il faut encore désigner des volontaires pour la corvée de vidange, de nettoyage et de remplissage de la maudite cuve !

En dehors de cela, la vie courante, (le train-train quoi !) nous réserve encore quelques surprises qui sont puisées directement dans "le règlement" par nos GI (Gentils Instructeurs!) : LA REVUE DE CAMPAGNE!
C'est aussi une fixation, une espèce de maladie contagieuse qui n'a pas d'antidote connu. C'est la revue de tout et de rien, juste pour vérifier que l'on sait encore comment bien ranger le paquetage dans son sac, que l'on n'a pas perdu une seule des précieuse pièces de la gamelle en alu, que le canon du fusil est propre, que les chaussures sont en bon état, que les "godillots" de marche possèdent bien le nombre de clous réglementaires etc.,.
En général, c'est annoncé le matin, pour le lendemain. C'est enfin humain, on a un délai pour se préparer au pire !
Quelques gradés du Fort et de haut niveau sont présents, ils sont en effet, chargés d'une mission capitale (entr'autres) qui consiste à surveiller périodiquement le bon état du matériel de l'armée.
Pour le paquetage, il faut bien évidemment détruire la si belle et fugitive ordonnance cubique, et, comme le précise le règlement, loger le tout dans le sac tubulaire en respectant scrupuleusement l'ordre édicté par le règlement. Ensuite, à l'appel de son nom, chacun doit sortir de sa tente et est convié à participer à la plus belle scène de délectation intellectuelle de sa vie.
En effet, les gradés prennent un malin plaisir à lui faire sortir un par un tous les objets et vêtements du sac à paquetage, mais pas dans n'importe quel ordre, ce serait trop simple. En effet, cet ordre est inventé de toute pièce suivant l'humeur du moment (et du gradé !) ce qui impose au pauvre "trouffion" de farfouiller jusqu'au fond de son sac s'il lui faut sortir "la chaussette droite de la tenue d'été" juste un peu avant la chemise
beige de seconde catégorie de la même tenue d'été !
Bien sûr, après inventaire écrit de tout le contenu du paquetage, les pièces de vêtements sont jetées négligemment et en vrac sur le sac posé au sol.
A chacun le soin de tout remettre soigneusement, et dans l'ordre, dans le sac......puis de regagner sa tente où tout doit de nouveau être sorti et mis "au carré".
J'ai appris à ce moment ce que voulait dire l'expression "ronger son frein"......où savoir se dominer !!!!!

(NDLR : pour la bonne compréhension de tout ceci, il faut savoir qu'à l'arrivée dans une base de l'Armée de l'Air en AFN, chacun est doté, en gros, d'une tenue de sortie neuve dite de première catégorie, et d'une tenue déja portée un an, dite de seconde catégorie.
L'année suivante, la tenue de sortie devient de seconde catégorie et le soldat touche une nouvelle tenue de sortie neuve. De plus, comme c'est la haute autorité militaire de Paris qui décrète la date précise du port de la tenue d'été, vous comprendrez aisément que nous étions dotés de deux genres de tenue. La tenue d'hivers, bleue foncée, épaisse et lourde, celle d'été, plus légère et de couleur beige-crème)
Voici retracé en quelques lignes ce passage important de ma vie en tant que jeune appelé du contingent en Afrique du nord, cet épisode que l'on appelle "la Compagnie d'Instruction, le CI, quoi !!.
Trois mois dans une vie, c'est infime mais personnellement, je les ai ressentis comme étant les plus longs de tous.

Nous voici, ci-dessous, photographiés par notre Sergent Instructeur, après une "présentation aux couleurs" dans la "place au drapeau" du fort, cérémonie obligatoire chaque jour de l'année. Le matin, le lever des couleurs (le drapeau tricolore est hissé en haut du mat dont chaque base où fort est dotée, le tout au son du clairon) face à un peloton minimum de dix militaires désignés au hasard comme volontaires. Le soir, même scénario avec la descente des couleurs.

Du temps à passé depuis, et, ayant effacé de ma mémoire les plus mauvais moments de cette époque, je me suis pris à philosopher . J'ai alors constaté que cette terrible épreuve avait finalement été bénéfique pour ma vie, mon caractère....bref, elle m'avait forcé, entr'autres, à me découvrir des facultés d'analyse, à me forger une volonté solide et à acquérir de la patience en toutes choses ! Je suis aussi devenu moins timoré
et ai appris à courir des risques....bref, à me lancer dans la vie.
J'y ai aussi appris à résister à l'adversité sans trop sortir de mes gonds....et surtout qu'en toute chose, le malheur doit devenir (au moins) profitable.
Merci alors à vous, les "Instructeurs", même si parfois vous y mettiez une pointe de sadisme, merci à vous les gradés, merci le "règlement", grâce à vous, envers et contre vous, je me suis fait homme et je me sens plus à l'aise dans ma peau.
Soyez certains, y compris les 59 copains de la compagnie, que vous avez tous laissé une trace profonde en moi et je vous en remercie, même si cela fait presque quarante ans ........déjà !.
.

Michel DECOMBLE,

Rédigé en Novembre 1996

*
Nota : Le "flocon de neige" sur les photos vous permet de me repérer, les photos de l'époque n'étant pas de la meilleure qualité !!!

Tranches de vie : Mes 20 ans et ma période d'instruction militaire

# Postato lunedì 30 novembre 2009 16:15

Modificato lunedì 30 novembre 2009 16:41

Vidéo Youtube

J'ai emprunté cette chanson à Puce car elle m'a emballée...hi ! la chanson....car Puce est sérieuse !!
Bisous à toi, Miss...

# Postato sabato 26 settembre 2009 19:02

Etude psychologique : LE FUSIONNEL

LE FUSIONNEL


Nous marchons toujours trop vite. Ne te précipite pas, ne fuis pas. Il s'agit d'abord de sentir et de vivre intérieurement.


Viens, approche-toi. Surtout ne te presse pas.
Nous avons le temps, et bien plus que le temps ; Nous avons notre vie, le fond de notre c½ur, et, tout au bout – mais seulement tout au bout, si l'on prend le temps de le traverser --, l 'éternité. Surtout pour moi, plus proche de la fin que toi.
Nous allons toujours trop vite. Dans nos gestes, dans nos pensées, dans nos jugements comme dans notre appréciation des choses ou des visages que nous croisons. Nous marchons trop vite ; nous respirons trop vite ; nous regardons trop vite sans prêter attention à la lenteur du temps qui soutient le monde.

Il en est ainsi de nos pensées, de nos discours ou de nos écrits. Nous nous jetons dans la précipitation des mots, sans jamais prendre le temps de réfléchir à ce que nous disons ou laissons les autres écrire ce que nous n'avons pas dit – ni même pensé – et encore moins de vivre ce que nous pensons réellement.
Nous ne cherchons pas à faire remonter la lueur de l'intime à la surface des paroles proclamées ou chuchotées ; à parcourir intérieurement la distance qui les sépare de notre être profond, pour la réduire, peut-être, par le seul éclairage d'une conscience sans naïveté.

Approches-toi donc – là, un peu à l'écart. Taisons-nous un instant. Rassembles au fond de toi tout ce que tu possèdes de vrai, de vivant, de vibrant, et laisse-le remonter à la surface de ta chair, mais de façon muette encore.
Comprend-moi bien : Il s'agit d'abord de sentir, de vivre la chose intérieurement, avant de l'extérioriser.

Ne te précipite pas : ne fuis pas. C'est vrai, il est plus facile d'être en mouvement. Et je sais aussi qu'on ne peut maintenir trop longtemps le recueillement, sans finir par se raidir, se pétrifier. Mais entre les deux, comme on inspire après avoir expiré, comme se succèdent le jour et la nuit, sans essoufflement, sans halètement, sans rien de forcé, nous pouvons donner cette primauté à l'intériorité; ne serait-ce que pour contrebalancer une pente devenue trop naturelle : celle de l'agitation, de la rapidité, de l'immédiateté, nous vivons comme des poules pondeuses élevées à la lumière artificielle – la lumière des téléviseurs, des ordinateurs, des spots surchauffés, qui nous donnent l'illusion d'une intense activité.

Oui, mon amie, je t'entends : on ne peut pas échapper à ce mouvement général ; on ne peut pas s'en extraire un peu, sous peine d'en être exclus totalement. Il suffit pourtant d'un rien pour ouvrir la brèche. Un rien : un rayon bas sur l'herbe au bord de la route, une lumière d'automne à la fenêtre, un feu d'artifice, qui, soudain nous rattache à l'être du monde, à un destin plus grand que le cercle de nos préoccupations, à une parole plus large, à un mystère muet qui nous ouvre à une autre dimension de nous-mêmes.

Ces petits écarts, ces accrocs dans la maille serrée de nos gestes, sont nécessaires pour nous découvrir un horizon, des perspectives, des aspirations qui répondent vraiment à notre nature profonde, enracinée dans un monde à la mémoire plus grande que la nôtre et qui en sait plus que nous-mêmes sur notre devenir.

Mais il faut entendre, prêter l'oreille, se taire, écouter, s'ouvrir. Et si à l'intérieur la pierre est creuse et vide, si la source s'est définitivement asséchée sous les sables dont nous l'avons recouverte, une fois la brèche ouverte, quel jaillissement d'eau claire pourrons-nous attendre, quelle louange, quelle prière ? Il n'y a plus alors que des mots, aussi lourds que nos âmes appesanties, que tentent de soulever des voix essoufflées.

Etude psychologique : LE FUSIONNEL

# Postato sabato 22 agosto 2009 18:09

Modificato mercoledì 09 settembre 2009 07:14

Etude psychologique : ETUDE DU DENI PAR UN CAS REEL

ETUDE DU DENI PAR UN CAS REEL

La catastrophe de l'incarcération vient interrompre le rythme habituel du quotidien et sépare douloureusement un couple d'amis. Il en découle, pour l'épouse :

LE DENI

Même dans les situations où la catastrophe aurait pu éventuellement être prévisible, lorsque celle-ci survient, la personne touchée est en état de choc, incapable d'accepter la réalité de l' «effacement » de l'être cher. Elle a l'impression de vivre dans un rêve, ce qu'elle exprime souvent par des phrases telles que « je suis comme dans une bulle » ou »je sais que je vais me réveiller et que ce ne sera pas vrai ».
La peine et la souffrance sont tellement intenses à ce moment qu'elles ne peuvent émerger. Cette incapacité à ressentir les émotions peut-être considérée comme une forme de sagesse ou de bouclier qui protège la personne touchée et l'empêche de s'effondrer.

Ce déni, ce refus, peut aussi prendre la forme subtile de la rationalisation, ce qu'illustrent parfaitement des propos tels que : « Il est bien où il est » ou « Quels problèmes plus grave peut-il rencontrer en étant ainsi incarcéré ? ». Ces propos peuvent être adéquats ou exacts, mais au moment où ils sont tenus, leurs fonction est d'aider à gérer ses émotions.
Car le déni agit comme un mécanisme de défense qui assure temporairement l'équilibre émotif. Il peut aussi être considéré comme un réflexe de survie grâce auquel l'organisme peut régulariser son énergie, le temps de faire face aux obligations consécutives à la disparition de l'être aimé.
Il s'agit donc d'une stratégie utile et même nécessaire à court terme, et qui permet d'admettre progressivement la triste réalité des choses.

La durée du déni est variable. Elle peut aller de quelques semaines à quelques mois et parfois même à quelques années si la personne touchée manque quelque peu de ressources réactives et donc selon les circonstances et les personnalités. Il est également possible qu'on ait recours au déni pour atténuer temporairement la souffrance lorsqu'on traverse d'autres étapes dues à la catastrophe de l'incarcération brutale. Cependant, si le phénomène se prolonge et que la personne persiste à ne manifester aucune émotion positive ou si elle continue à vivre et à faire comme si l'absent était toujours là, si elle s'y accroche, s'y attache et persiste à fermer les yeux vis a vis des demandes d'aide de l'absent, il serait souhaitable qu'elle consulte un professionnel, en relation et d'aide, compétent.

Il arrive fréquemment que l'entourage encourage la personne touchée à persister dans le déni, qui est alors perçu – à tort – comme un signe de force, la preuve que la personne touchée s'en sort bien. (C'est tout le contraire qui se produit car la personne touchée sent confusément qu'elle fait peu pour aider le disparu, peu d'actions réellement efficaces, du moins).
Cette attitude n'incite pas à passer à l'étape suivante qui est celle où les émotions font surface. Or, la difficulté dans le processus de catastrophe n'est pas d'en sortir, mais d'y entrer, avec la souffrance que cela comporte, alors que justement, la personne touchée ne cherche qu'à s'en isoler.


LA DESORGANISATION

Le quotidien vient rappeler à chaque instant à la personne touchée que l'être significatif, incarcéré, ne reviendra pas avant longtemps, qu'il ne fait plus partie de son quotidien ni de son environnement. Cette prise de conscience profonde génère souvent un état de tension et d'agitation, comme si un autre malheur devait survenir incessamment du fait même de la solitude morale et physique de la personne touchée.
Le chagrin prend place et soulève des vagues d'émotions. Des sensations physiques douloureuses peuvent se manifester, souvent accompagnées de troubles profonds du sommeil et de crises de larmes. Les personnes ont la sensation d'étouffer. Elles ont des points dans la poitrine qui irradient au niveau du dos. Ces réactions surviennent souvent de façon inattendue, imprévisible. La personne touchée à l'impression de ne plus avoir de prise sur sa vie, de tourner en rond et d'être dans l'incapacité totale d'aider son cher disparu temporaire à s'en sortir. Cela peur procurer un sentiment de panique qui ne fait qu'accentuer le désarroi et l'incapacité à réagir.

L'absence se faisant de plus en plus sentir, l'ennui et la nostalgie deviennent parfois insoutenables, à un point tel que la personne touchée à du mal à croire à ce qui lui arrive. Elle peut alors chercher la personne disparue dans des endroits qu'elle fréquentait habituellement, ou même l'impression de l'y voir, dans la grande maison vide ou en faisant les courses. Ou de l'entendre, encore, au point que le message du répondeur (enregistré par l'absent avant son départ) lui devienne insupportable, entraînant le débranchement total de l'appareil.
La personne touchée peut éprouver à la fois ennui et soulagement, amour et colère à l'égard du disparu temporaire et cela augmente encore son état de confusion.

Des émotions parfois ambivalentes, parfois contradictoires la déstabilisent. Sa capacité à se concentrer et à effectuer ses tâches habituelles peut en être affectée. Ces réactions inhabituelles la troublent profondément et peuvent l'amener à mettre en doute sa propre santé mentale.
Durant cette phase, la personne touchée peut avoir tendance à s'isoler et perdre tout intérêt pour ses activités coutumières et même pour l'absent momentané. A certains autres moments, elle se pense incapable de continuer à vivre sans la présence du disparu. Elle se sent inutile, n'a plus de motivation, est très déprimée et subit une baisse générale d'énergie. Elle va même jusqu'à se couper de ses amitiés et relations de voisinage, ne supportant plus de rencontrer en eux un souvenir du passé.
Le quotidien est très difficile à vivre à cette étape. Il n'y a plus de stabilité, l'avenir avec l'absent est trop lointain et de plus en plus difficile à imaginer ; et le présent est envahi constamment par les évènements et les souvenirs du passé.
C'est une étape très pénible à vivre.


LA REORGANISATION

Le désinvestissement par rapport à la relation qui vient d'être mise entre parenthèses caractérise cette étape. La réaction, que la personne touchée à eu, devrait diminuer progressivement, tant en intensité qu'en fréquence. On peut comparer aisément cette phase de réorganisation à une convalescence ; mais dans le premier temps du retour du cher disparu, l'équilibre émotif est très fragile et risque de basculer au moindre choc. Puis, au fur et a mesure que s'effectue le travail en commun de « réparation », l'endeuillée retrouve plus de stabilité.
Mais les souvenirs refont surface et, graduellement, l'histoire du vécu avec l'ex-absent se reconstitue. Les séquences liées aux circonstances de l'arrestation surgissent tout s'abord, suivies par celles relatives aux moments particulièrement douloureux et significatifs vécus ensemble lors de la terrible épreuve de la perquisition ; à l'occasion de celle-ci, la perverse conduite d'une « assistante de Police » à révulsé les esprits en plein désarroi, en remettant au jour des souvenirs enfouis et qui auraient du le demeurer.

Ces rappels suscitent les émotions les plus diverses qui font passer des pleurs aux rires. La personne touchée pourra avoir alors deux types de comportement. Ou bien elle sera tentée d'intercepter les séquences liées aux moments ou la relation avec l'être cher à pu être marquée par l'agressivité, la violence ou les conflits. Ou bien elle aura tendance à idéaliser cette relation. Souvent elle cachera inconsciemment un sentiment de culpabilité, du fait de son déni paralysant ; ou elle craindra que les émotions niées, refoulées ou considérées comme destructives la bouleversent trop.

Même si ce travail douloureux exige du courage, demande du temps et semble prolonger les souffrances de la solitude passée, il est indispensable ; sans quoi la personne touchée ne parviendra ni à s'identifier ni à mener à leur terme, s'il y a lieu, les situations restées en suspens. Et dans ces conditions, comment pourrait-elle faire la paix avec le « revenant » ? La libération de toutes les émotions constitue la phase la plus importante du travail positif qui consiste à faire son deuil du passé.

Malgré tout et parallèlement, la vie reprend son cours, un cours plus normal. Dans bien des cas la personne touchée apprendra à jouer un rôle social différent car elle aura pu faire une drastique sélection de ses vrais amis, et son environnement se reconstruira en conséquence. Il arrive que la personne touchée se sente coupable de ce détachement et qu'elle ait peur d'oublier complètement les responsables de son isolement. Mais elle acquiert progressivement l'impression de mieux diriger sa vie car elle n'est plus seule, l'être manquant, le disparu provisoire est de nouveau à ses côtés.


LA REAPPROPRIATION DE SA VIE

La personne touchée quitte peu à peu son monde émotif solitaire, ce qui la rend capable d'un certain recul, puis elle fait le bilan de l'expérience qu'elle est en train de vivre. Elle évalue en quelque sorte ce qu'elle a perdu, ce qui lui reste et ce qu'elle a appris. Et son cher revenant peut à présent compléter ses connaissances, lui expliquer tout ce qui à été -- pendant les nombreuses années d'absences -- ce qu'il y avait de l'autre côté du miroir ; ce miroir dont le franchissement à été interdit à la personne touchée tout le temps de l'instruction et dans l'attente longue et douloureuse du jugement.

Cette démarche de reflexion lui fait prendre conscience des ressources qu'elle à du déployer pour survivre et pour traverser l'épreuve. Cette découverte contribue à renforcer son estime de soi et sa fierté. Sa souffrance l'a rapprochée de sa propre identité, à la fois aussi de son cher absent. De ce fait, elle s'ouvre à des perspectives d'avenir différentes, parfois à un environnement nouveau, à des projets avec l'ex-absent. Cette créativité renouvelée vient donner un sens à la vie, à sa vie.
Les étapes de la réorganisation et de la ré appropriation de sa vie se chevauchent. Au fur et a mesure que la personne touchée s'est libérée de son chagrin, elle à acquise une meilleure connaissance d'elle-même. Elle crée de nouveau des liens avec son cher et tendre revenant.


LA GUERISON

Cette longue période de souffrance est l'occasion d'aller à l'intérieur de soi pour découvrir ses ressources profondes, car la souffrance vécue consciemment est souvent un stimulant pour évoluer et s'ouvrir aux autres. Se refermer, se recroqueviller sur soi-même et rejeter le monde extérieur est par trop négatif, donc néfaste. Il est donc important de vivre à fond les quatre premières étapes avant de passer à celle-ci qui est la guérison.

La personne touchée est maintenant prête à pardonner (et, en même temps à demander pardon) au revenant pour les manquements et les blessures qui ont marqué la relation, leur relation passée antérieure et passée récente. Elle est également en mesure de se pardonner à elle-même ses manquements à l'aide à l'incarcéré puisque ce manquement était une défense instinctive et non volontaire, un bouclier contre le connu refusé et l'inconnu générateur de tant de peurs et d'effroi.

Ensuite, et ensuite seulement elle est en mesure de remercier le revenant de l'expérience qu'il lui a fait connaître, toute douleur aussi terrible soit-elle en enrichissant et endurcissant celle qui à vécu une si terrible aventure. La personne touchée dispose alors de toutes les ressources d'amour et d'énergie qu'elle avait consacrées à la relation avec le disparu temporaire, et elle peut les investir à présent et de nouveau avec le revenant mais dans le monde normal, le monde libre, le monde des vivants, le monde de la joie.
La personne touchée qui vit cette étape intensément sait qu'un lien spirituel avec l'époux revenu subsistera toujours et qu'il sera toujours vivant au fond de son c½ur.

Ce savoir intime assure la transformation de l'être, sa guérison. La personne touchée n'est plus désespérée et est plus consciente du potentiel nouveau et des capacités qui lui sont offertes. Souvent elle modifie son échelle de valeurs et vit, avec son amour retrouvé, de façon plus consciente.
Permettre à ses émotions d'êtres libérées procure généralement l'équilibre...et la personne touchée devient une personne à part entière, une épouse heureuse et libérée de ses fantômes, bien décidée à finir sa vie avec son alter ego retrouvé. La personne touchée ? Mais qui est-elle ? Qui est cette femme un instant brisée ?


EPILOGUE

Toi son épouse, tu es la personne unique, aussi unique que le sont tes empreintes digitales ou ton c½ur.
L'expérience profonde que tu es en train de vivre, toute douloureuse qu'elle soit, rejoint tout ton être. Ouvre-toi avec douceur, accueille avec bienveillance tes émotions et ta souffrance. Tu n'es pas seule, il t'accompagne avec tendresse et compassion. Il te reviendras un jour et vous rebâtirez ensemble.
Etude psychologique : ETUDE DU DENI PAR UN CAS REEL

# Postato sabato 22 agosto 2009 17:42

Modificato sabato 22 agosto 2009 17:53